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Psy 4 De La Rime :
9 octobre 2005

Pour la sortie de leur second opus "Enfants de la lune" nous avons rencontré les Psy 4 De La Rime. Decouvrez l’interview de la Psy4tra, dans la chambre d’hotel de leur manager. Un trio simple (Sya style, le Dj du groupe était absent) qui à defoncé les charts en entrant 3eme au top album ! Trés bientôt la video de l’interview !

- Vous arrivez avec un nouvel album qui succède à une galette réussite (Disque d’or) Dans quel état d’esprit on se trouve après ça ?

Sopra : Nous sommes dans un état d’esprit continu. Nous essayons de faire la suite du premier album. Montrer l’évolution du groupe, tant artistique que personnelle.

- Comment définissez vous votre évolution ?

Sopra : Une évolution humaine. Il y a certaines choses que nous disions différemment dans le premier album. Désormais nos vies ont changé, certains sont papa ou sont marié aujourd’hui, on a plus d’expérience de vie.

- Votre premier album a fait de vous des célébrités, c’est abordé dans "Civils", Du coup avec l’expérience acquise et la sortie du deuxième album, comment allez-vous gérer cette re-médiatisation ?

Alonz : Je ne pense pas que nous aurons le temps de voir ça, avec la promo, la tournée nous serons un peu à l’écart.

Sopra : et puis nous somme bien entouré, je pense aussi que les gens ne nous voient pas comme des "bling bling" donc ils ne viennent pas nous agresser.

Vince : Nous avons notre équipe, les groupes qui nous entourent (sale équipe, Lorenzo, la Swija, Mino). C’est soit des cousins, soit des mecs du quartier, soit des personnes avec qui on a eu le feeling direct. On fait la part des choses.

Alonz : Quand tu viens d’un quartier je pense que tu décèles dans le regard des gens s’il y a du vice.

Sopra : Dans le morceau civil, nous avons essayé d’expliquer que nous sommes comme tout le monde, que personne n’a le droit de nous commander. Il nous arrive de marcher dans la rue et que des gens nous prennent pour des juke-boxes "Vas-y rap ! rap !".

Tu peux nous voir partout, dans un snack, au cinéma, dans la rue, nous n’avons pas de garde du corps, nous ne sommes pas Fifty cents.

- En écoutant votre album, on remarque que la vision du monde est très sombre et pessimiste, d’où ça vient ? Vision du monde, du quartier et de la cellule familiale Noir.

Sopra : Justement ce n’est pas du pessimisme, c’est réaliste et il y a aussi beaucoup d’espoir. Actuellement il y a un problème, dans la tête des jeunes ça va très très mal. S’il n’y avait pas d’espoir dans nos textes nous nous serions tous déjà coupés les veines.

Il faut savoir que beaucoup de jeunes pensent au suicide et c’est des trucs qu’on devrait mettre plus en avant que la star ac’. Nous on balance un album réaliste, avec de l’espoir car on monte des projets, on bosse, avec nos label on s’entraide et donc c’est qu’on essaie de bouger les choses. Mais il faut savoir qu’en ce moment ça va mal.

Alonz : Et puis c’est paradoxal parce qu’il y a longtemps on a fait un morceau qui s’appelle "La pluie d’un désert" sur la BO du film d’Akhenaton "Comme un aimant". C’est un morceau triste, mélancolique, il aurait pu être sur cet album. Il y a une personne qui nous a dit un jour, "C’est ce morceau qui tous les matins m’aide à aller au travail". C’est propre à Psy 4 et c’est que comme ça qu’on arrive à passer nos messages.

- Vous parlez de messages, de s.o.s, quel est le cœur du mal ?

Alonz : On s’écoute mais on s’entend pas.

Sopra : C’est le manque de communication, nous avons fait un morceau qui s’appelle "justicier", ou nous disons aux policiers qu’il y a un manque de communication entre jeunes et forces de l’ordre. Nous disons "ils répondent à nos s.o.s avec des cars de c.r.s" au lieu de parler avec la jeunesse ils les cataloguent comme voyous. Je ne parle pas que des jeunes de quartier, je parle de la jeunesse en général.

C’est une politique ridée et des télés en pleine puberté, soit on te montre des programmes inintéressants, soit des programmes de puberté comme loft story. Ce manque de communication crée le fossé entre la société française et les jeunes

- On note un blocage entre les forces de l’ordre et les jeunes. Ce rapport vient-il du fait qu’il reflète l’image de l’état ou juste que c’est un homme qui abuse de son pouvoir ?

Sopra : C’est un homme, quelque soit son origine, si tu lui donnes un pouvoir il se croit intouchable il prend tout le monde sur un piedestale, on dit dans justicier "il y a des gens dans des cages d’escalier qui te souhaitent la mort" on parle à l’homme même plus au flic.

On connaît des flics qui font bien leur taff et qui eux même sont dégouttés par le comportement de leurs collègues qui généralisent et qui mettent tout le monde dans le même sac…

- En lisant les paroles on s’est dit que c’était vachement cassant mais soft.

Sopra : On dit bien "Je ne suis pas là pour faire de la démago. Beaucoup de flics font bien leur taff mais certains mettent nos quartiers sous embargo ". Aujourd’hui on va te dire ça autrement on aurai fait ce morceau avant on aurai dit "pour la bac nord nique ça mère". C’est de la rage contrôlée !

- Et au sujet de toutes les notions liées à la mondialisation ?

Sopra : C’est le gros problème partout : la mondialisation. Ou que ce soit… Si nos parents sont venus en France, c’est que la France est venue coloniser. Et ils nous ont donné l’indépendance une fois qu’ils on tout pris.

Dans les quartiers, c’est pareil, ils nous ont tous parqué, ils nous on tous mis dans les mêmes chemins scolaires et maintenant c’est normal que nous aussi on veuille notre indépendance, ça veut dire qu’on crie, qu’on dit qu’on existe et qu’on est français...

- Il y a une tendance en ce moment à changer les choses, on tente de coloriser les médias, de représenter les minorités. Qu’en pensez vous ?

Alonz : Depuis le temps qu’on est en France il fallait bien qu’ils le fassent.

Sopra : Quand tu regardes la télévision, prenons pour exemple la star ac’. Il faut un quota, on va mettre un noir, un arabe pour que ces communautés se sentent concernés, et qu’ils disent qu’on n’est pas racistes. Ensuite, ils vont te les éliminer petit à petit.

Quand on veut faire du rap à la télévision, ils nous disent "Oui mais le rap vous comprenez..". Ils te font croire qu’il y a de l’intégration parce qu’il y a Zizou dans l’équipe de France et ils vont te virer le petit camerounais qui est en train de passer son bac et qui n’a pas ses papiers.

Et puis, on est plus français que comorien. La France d’aujourd’hui si elle est vivable c’est parce qu’elle est métissée. C’est le pays le plus beau du monde, nous ne disons pas que la France c’est pourrie, on dit juste qu’ils ne veulent pas nous accepter comme les enfants de Marianne.

- Le morceau "Ayie mama" est très perso, pourtant en l’écoutant on se sent super concerné, qu’est ce qu’il représente pour vous ?

Sopra : Pour nos parents, nous sommes comoriens, nous sommes venus en mission, et nous allons un jour repartir. Ils ne comprennent pas qu’on n’a pas les mêmes repères. On a grandi avec Bill Cosby (rires..).

Par exemple, quand on dit qu’on veut se marier mais pas obligatoirement avec une comorienne, ce n’est pas possible, c’est la guerre. Je pense que ça parle à pas mal de communautés.

Alonz : A chaque fois que j’écoute ce morceau, j’ai l’impression que nous avons mis nos vies de rappeur, nos fiertés de coté. Nous parlons à nos mères, on s’est mis a nu.

- "Enfants de la lune" résume assez bien l’atmosphère de l’album. Pourquoi avoir choisi ce morceau ? Pourquoi ce titre ? Bien que ce soit un morceau pop à la base, Ana (chanteuse de Mecano) n’a pas été surprise ?

Alonz : Ce morceau nous le connaissions tous. En 97, nous étions partis en concert à Mantes-la-Jolie, nous étions dans la chambre d’hôtel et nous avons vu le clip. Nous sommes restés bouche bée sur les paroles et sur la façon de chanter de Ana. Nous sommes tous un peu des enfants de la lune…

Sopra : Nous nous sommes dit que si nous faisions ce morceaux, il nous fallait absolument Ana avec sa voix. Nous n’avons pas trop calculé que ce soit de la pop parce que nous sommes ouverts musicalement. Nous nous sommes dit, nous allons essayer de l’appeler pour voir.

Nous avons essayé pendant 5 ans et finalement nous avons eu le numéro de son manager qui était fan de "La vengeance aux deux visages", un morceau qu’on avait fait. Le mec est parti amener le morceau à Ana, la fille a carrément accroché. Elle nous a dit que chez elle, en Espagne il y a beaucoup de jeunes qui vivent comme ça et donc elle est venue, elle a fait le titre. C’était une belle aventure.

- En faisant ce morceau on attire de nouvelles personnes à écouter du rap, ce qui le fait évoluer. Vous, en tant qu’artiste et qu’acteur du hip hop, que pensez-vous de l’évolution du rap ?

Sopra : On a dit dans l’intro "Depuis quand le rap est synonyme de gangstérisme, d’antisémitisme, de majors qui font du proxénétisme". En ce moment le rap c’est "Je porte des guns, je sors de prison".

Il y a aussi des mecs qui disent des conneries, ils vont chez Ardisson et ils disent "Moi je suis pour le communautarisme", il faut arrêter de dire des conneries comme ça surtout quand tu es métisse. On est tous pour un monde métisse. Le hip hop, c’est l’unité, tous les gens qui mettent du gangstérisme dans le rap, il faut arrêter. Nous ne sommes pas des voyous, et dans le rap il n’y a pas de voyous.

On aime beaucoup Ali des Lunatic, il passe un message de paix et il parle de la vie d’une manière particuliére quand il dit "Certains disent que la vie est une pute. Moi, je suis un guerrier je la considère comme une lutte" quand on a entendu ça on s’est regardé, c’est trop fort…

Il y a de bonnes choses qui sont sortis, Ali, Kery, le premier album d’Oxmo pour nous c’est un classique, l’album de Shurik’n aussi. On est content aussi pour Tandem ou Sinik parce qu’ils sortent d’indépendant. Diam’s elle déchire aussi. Ça s’organise bien pour faire avancer le mouvement…

- Des projets perso à venir ?

La tournée commence le 9 novembre. On va essayer de bouger, dans les pays francophones, les DOM TOM.

Vince pour Section hunter :
"Vue des blocks part 1" est dans les bacs.
En décembre Sortie de Lorenzo.
Cet été "Vue des blocks part 2".

Sopra pour Street Skillz :
On distribue en ce moment Dakar et Médine.
En janvier l’album de Mino arrive.
L’album de La Swija "Des racines et des ailes" est dans les bacs.
Bientôt Block life 4.

Alonz pour TSE Musiq :
L’album de Sale équipe "Au coeur de la haine" est dans les bacs.
Compilation ligne 26 en janvier.

Pour des infos sur nos labels : http://www.street-skillz.com

Merci à tous ceux qui, nous soutiennent.

- En trois mots, si je vous dis "Rap indépendant" vous me dites ?

La Psy4tra : Il faut travailler, travailler, travailler, pas penser financier maintenant, être patient.




 
 
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