Pour la réédition de leur second album "Sincèrement" nous avons rencontré les Chiens 2 Paille. Découvrez l’interview de ce groupe talentueux très sympathique.
Suite à la première édition de l’album on a ressenti un flottement, pouvez vous nous l’expliquer ?
Hal : Il y a eu un petit souci au niveau judiciaire. On a été attaqué par le compositeur d’un sample qui a demandé des dommages et intérêts. Il a demandé que le disque soit retiré et détruit, ce qui est une chose vraiment très rare dans le rap. Ça nous est arrivé trois semaines après la sortie de l’album, le morceau incriminé (ndlr : Prison) n’était jamais passé en radio et fut juste joué 12 fois en première partie de la Stratégie Tour. On a été assez surpris par cette réaction assez véhémente. Le disque a été retiré de la vente, cela nous a coupé l’herbe sous les pieds.
Suite à ça vous avez sorti Tribute...
Sako : On a sorti « Tribute » alors qu’on n’avait plus de disques en bacs, plus aucune exposition.
On a fait avec les moyens qu’ils nous restaient. On fait la musique comme on l’aime. On est allé voir les gens avec qui on avait envie de travailler depuis longtemps comme Faf La Rage et les gens avec qui on gravite ; Akh, Les Psy 4 De La Rime, Mc Arabica, Bakar et Oxmo Puccino. « Kilomètre production » nous a amené un plan de distribution inédit, à savoir qu’on pouvait distribuer le street album dans les kiosques. Grâce à ce mode de distribution inédit, nous avons pu toucher toute la France. Cela nous a permis de faire des chiffres qu’aucun street album ne fait habituellement. On a pu faire un clip du morceau « L’encre de nos plumes » avec Oxmo puccino, Akhenaton et Veust. Ça a créé un gros buzz. Tout ça durant les tractations concernant « Sincèrement » qui se sont terminées fin 2005. Nous avons dû notamment refaire une version du morceau « prison », pour pouvoir avoir aujourd’hui le disque de nouveau dans les bacs avec le premier single « Au dernier mot » feat. Saïd. Une renaissance en quelque sorte.
Justement, grâce à « Tribute » vous avez touché plus de monde, ils vont sûrement être intéressés par la réédition de « Sincèrement ». N’est-ce pas un mal pour un bien ?
Sako : « Tribute » nous a permis de préparer le terrain et de créer une vague. On espère pouvoir réussir à surfer avec « sincèrement. En parallèle, on prépare le volume 2 de « Tribute » pour septembre 2006, forts des erreurs faites et de tout ce que nous avons appris dans le volume 1. Ceci nous permet de toucher à un autre domaine ; la production de disque. On travaille aussi la mixtape « la Cosca vol 2 », avec tous le gens de notre label. Cette mixtape sera la base d’un spectacle qui fera l’objet d’une tournée au printemps et notamment le 27 mai, l’Olympia à Paris où il y aura tout le monde avec nous, les Psy 4, IAM, l’Algerino, Said, Veust Lyricist, Bouga, tout les gens de la Cosca. On est aussi très présent sur l’album d’Akh sorti en mars. Tout le travail accumulé en 2005 d’en récolter les fruits aujoud’hui car on aura une actualité tout au long de 2006 qui on l’espère va pouvoir servir l’album.
Quand ce genre de blocage vous arrive, comment le ressent on ? Et où trouvent-on l’énergie pour avancer encore plus ?
Sako : C’est sûr qu’au début, les coups tu les accuses. Ça m’a coûté de retourner au chantier pour travailler, je n’avais pas d’autres choix. Deux mois avant, on faisait la tournée du Zénith et deux mois plus tard je casse de la brique sur un chantier. Ce n’est pas du tout déshonorant mais le changement de monde est assez brutal. De là tu as 2 solutions : soit tu te dis c’est foutu et tu pleures soit tu te dis que ce n’est pas normal et tu reprends confiance. Nous avons décidé de repartir de l’avant assez rapidement et de se dire qu’on s’en relèvera. On est toujours là, on a la passion : on a l’essentiel pour continuer, on va repartir car on a envie de continuer à faire cette musique comme on l’aime. Notre label nous a soutenu. Quand tu as des gens comme ca derrière toi tu ne peux pas baisser les bras, tu dois honorer cette confiance.
Suite à tout ce taff, on peut dire que Tribute c’est une récompense
Sako : Une récompense évidente
A la sortie de votre premier album « 1001 fantômes », il y avait beaucoup de critique sur la compréhension des textes, sur « Sincèrement » on a senti une envie de changer
Hal : « 1001 fantômes » était notre première album et on a du gérer la pression. Sur le second, on s’est rendu compte qu’on faisait notre passion et qu’on a eu la chance de pouvoir la faire. On a pris l’album différemment, en se faisant plaisir. Pour le 1er album on a fait ce qu’on pouvait sur le deuxième, on a fait ce qu’on voulait. On s’est fait plaisir mais on ne voulait surtout pas que ce soit la suite de « 1001 fantômes ».
Suite à la sortie de « Sincèrement », le premier single « Mes yeux d’enfant » à surpris, on ne s’attendais pas à ce genre de morceaux, comment avez-vous vécu ces critiques ?
Hal : au début je n’ai pas compris les critiques mais j’en prends la responsabilité car c’est vrai que dans le 1er single, j’ai voulu que « mes yeux d’enfant » soit mis en avant. Sako n’était pas tout à fait d’accord mais j’ai été surpris de la réaction des gens, pas dans le sens de l’appréciation du morceau, car chacun est libre d’aimer ou de ne pas aimer, mais plutôt dans le fait que les gens on dit « c’est étrange », « ce n’est pas triste », « on comprend direct les paroles, donc ce n’est pas Chiens de Paille ». J’ai toujours du mal à comprendre qu’on nous définisse comme un groupe sombre, triste, dont on ne comprend pas tout de suite les paroles (rire). Nous sommes des êtres humains, avec des humeurs, on est joyeux ou tristes. J’ai donc été surpris qu’on puisse donner une étiquette à ce qu’on fait alors que nous-mêmes on s’interdit de se donner une étiquette.
Sako : Le morceau est toujours là et on le revendique. Nous n’avons pas de problèmes avec.
Hal : En plus, ça a été un grand kiffe de travailler avec des enfants, c’était vraiment une superbe expérience. Je n’en garde que de bons souvenirs.
Sako tu dis au sujet de ce morceaux c’est vraiment un morceaux Chiens de Paille, c’est quoi un morceaux chien de paille ?
Sako : C’est un titre qu’on sent, au fond de nous. C’est un titre qu’on valide. C’est une histoire de genèse, d’osmose entre le texte et la musique.
Mettez nous direct dans tous les tiroirs, on fait du rap hardcore, du rap léger, du rap marrant. Comme je te l’ai dit tout à l’heure on est des êtres humains un jour on est heureux un autre énervés. Notre musique doit traduire ca. C’est notre but.
Hal s’occupe des instrus et Sako des textes, comment faites vous pour bosser ensemble ? Apparemment pour le premier album « 1001 fantômes » vous vous étés isolé :
Hal : On était à Tora Bora et on n’admettait personne dans la pièce. Ça nous a joué des tours, On a failli aller en hôpital psychiatrique (rire) à cause de cet isolement forcé. Et pour le 2eme album on a voulu faire différemment, être beaucoup plus ouverts. La méthode de travail n’a pas changé depuis le début, on se connait tellement, avant tout on est des amis donc lui sait ce que j’aime et vice versa.
Sako : On évolue ensemble, on discute nos goûts, on discute nos choix, on se fait découvrir mutuellement. On avance ensemble ensuite la méthode avance de soit.
Tu dis « On ne peut pas rester axés sur des choses qu’on écoutait il y a 10 ans », vous écoutez quoi ? Quels artistes vous influencent ?
Hal : Moi en tant que producteur je ne dirais qu’un nom : Timbaland ! Pour moi, il n’y a qu’un producteur comme ça tous les dix ans, il a vraiment révolutionné le monde du rap et le monde de la musique en général. C’est un extra terrestre, il ne pense pas la musique comme tout le monde.
Sako : Moi, au niveau de la musique c’est très large, ça va de Beanie Sigel à Eminem, de Jay-Z à Common, c’est divers varié. Du plus gros blog buster comme 50 cents au mecs super underground comme Immortal Technique, il y a plein de choses qui me parlent.
En France il y a des mecs incontournables comme Oxmo, Lino, Faf La Rage, Kool Shen. Les morceaux du nouvel album de Diam’s sont franchement terribles.
Je peux pas dire que j’écoute du rap français, mais je m’informe sur ce qui se passe, ce qu’on ne faisait pas à l’époque du premier album. On voulait vraiment se couper de toute influence française qu’elle quelle soit. C’était une erreur, parce qu’en étant trop influencé par une musique qui ne correspond pas à la culture de ton pays, tu te retrouve en décalage par rapport à ce qui se passe dans ton pays.
Justement par rapport a ce qui se passe dans ce pays, vous dans le sud comment vous avez vécu les événements des cités ?
Hal : Sur le sud il y a eu beaucoup moins de mouvement, il y a eu quelques voitures brûlées, mais les raisons sont compréhensibles. Quand tu exclu une partie de la jeunesse pendant des années, il ne faut pas s’étonner qu’à un moment donné ça péte. Au début on a voulu mettre ça sur le compte de la polygamie, ensuite du rap. On n’a jamais dit que ça pouvais être parce que la majorité de ces jeunes était au chômage, ou parce qu’un parti comme le FN existait ou encore qu’il y a une partie de l’histoire de France qu’on ne veux pas remettre en cause. On essaie plutôt de dire que c’est la faute des rappeurs qui nourrissent une image violente.
Sako : On peut dire aussi qu’il y a 2007 qui pointe à l’horizon. Les discours sécuritaires sont de retour.
Hal : Il y a comme même deux jeunes qui sont morts et il ne faut pas l’oublier.
Est-ce que vous pensez que ces émeutes ont mis en lumière « le monde de ceux qu’on ne veut toujours pas voir » (Ndlr : Extrait de l’intro de l’album Sincèrement)
Hal : J’aimerais mais je ne pense pas. Je pense que c’est toujours obscur pour la majorité de la France, qu’ils n’ont pas compris ce qui s’est passé.
Sako : Le mouvement moi je le comprends parfaitement. La colère et le fait que tu n’ais pas accès à la parole, font que le seul moyen de t’exprimer est de casser. Mais En cassant la voiture de ton voisin, tu t’attires la haine de ton voisin au finale, donc la façon de manifester a été maladroite. Au lieu de créer un mouvement et d’apporter une mise en lumière positive, ça a assombri un peu plus le climat. C’est le bilan qu’on en tire au finale. Les gens ne comprenaient pas cette violence portée sur eux même, je pense que ça n’a pas apporté la lumière sur le monde de ceux qu’on ne veut pas voir.
Suite à cela, il y a pas mal d’association, d’artistes qui ont appelé au vote.
Hal : Moi je vote depuis que j’ai 18 ans. Pour moi c’est l’acte le plus important en tant que citoyen. Il y a des gens qui sont morts pour qu’on puisse voter. C’est ma seule arme donc je l’utilise à chaque élection.
Sako : Même si on vote depuis 18 ans, et qu’on ne vote pas forcements pour quelqu’un mais contre quelqu’un, il faut toujours voter.
Ce deuxième album paraît plus engagé, pas mal de thèmes d’actualité sont traités de façon réfléchie. Pourquoi avoir choisi tel ou tel thème ?
Sako : C’est strictement suite à une réaction. Ce n’est pas prémédité. Par exemple j’écris encore des textes sur la guerre en Irak au jour d’aujourd’hui, c’est quelque chose qui m’a touché.
Il faut aussi que je me sente de hauteur à traiter les sujets. Il y a beaucoup de sujet que j’aimerai aborder mais dont je ne me sens pas les épaules pour.
« Prison » et « Un beat et un bic » nous on interpellé.
Sur « Prison » : à la lecture du titre, on pense savoir de quoi vous allez parler et pourtant après l’avoir écouté, on se rend compte que c’est un autre message qui est proposé...
Sako : C’était le but du jeu. C’était parti d’un sample que Hal avait trouvé. Je voulais absolument faire un morceau dessus, la phrase que disait la femme avait générée plein d’images. Je me suis dit pourquoi parler de la prison, je ne suis jamais allé en prison ». Il y a tellement de prison qu’on se construit en nous même, dont on parle peu.
Un beat et un bic : Aujourd’hui pas mal de jeunes idéalisent le métier de rappeurs. La phrase du jeune homme à la fin illustre bien le sujet. Pourquoi avoir fait ce morceau ?
Sako : J’ai un petit frère qui va avoir 19 ans. Il voulait faire du deejaying. Plein de jeunes veulent faire du rap, mais pas pour les bonnes raisons. Peu d’entre eux veulent le faire par amour de la musique. Les gens veulent faire du rap parce qu’ils veulent faire du rap pour être célèbre. Ce morceaux, c’est un message que j’aurais voulu qu’on me donne quand j’avais 18 ans. J’aurai bien voulu que quelqu’un me disent « attention le rap c’est pas des magazines, des femmes, des voitures, c’est pas ça. C’est du travail, de l’endurance de la persévérance et surtout de la passion ». Le but du morceaux c’était de recadrer ça.
Au niveau des scènes, vous allez faire la tournée la Cosca, Vous avez aussi suivi les Psy 4 de La Rime :
Hal : On a fait leur première partie à Montpellier ça s’est bien passé. En ce moment, l’objectif c’est la tournée « La Cosca », parce qu’on va vraiment faire un spectacle, c’est pas juste un concert. On sera avec vraiment tout le monde.
Sako : Notre album « Sincèrement » est de retour et on prend cela comme une deuxième chance. Nous sommes forts de tous les événements qui vont avoir lieu ; la tournée, notre présence conséquente sur l’album d’Akhenaton, la mixtape de la Cosca, le volume 2 de « Tribute » qui sera dans les bacs en septembre. Tous ça va essayer de porter l’album et de lui donner la vie qu’il n’a pas eue. C’est ça notre principale projet.
Un troisième album en vue ?
Sako : On a des idées qui sont en train de germer, pour le moment c’est en gestation.
On a remarqué sur le site de 361 Records que vous aviez une vraie communauté derrière vous. On a lu des messages de soutien, comment vivez-vous le fait que des personnes qui ne vous connaissent que par vos morceaux vous soutiennent autant et vous laissent des messages d’amitié ?
Hal : Ça nous touchent, ça remonte le moral, c’est ce qui nous permet de continuer à faire notre musique, d’y croire au maximum, c’est gratifiant.
Surtout que j’ai lu un message d’un canadien qui disait qu’il achètent tous les cd’s et que tout le monde connaît Chiens de Paille...
Hal : On a fait un concert à Neuchâtel en Suisse, on a été surpris de voir la réaction du public. Ils connaissaient les textes par cœurs, alors que le disque n’est qu’en import là-bas. C’est gratifiant de voir la réaction des gens.
Sako : Toi tu vies le truc de l’intérieur tu te dis c’est pas possible, il y a des mec qui connaissent des titres obscures que t’as fait sur des mixtapes tirées à très peu d’exemplaires et ils sont là, ils le rappent en même temps que toi ...
Hal : La scène nous permet de voir que finalement certains morceaux suivent leur cours, ils ont une vie en dehors de la notre.
Un message à faire passé Sur Rapunion.com :
Hal : On est toujours là et on sera la pour longtemps, on l’espère, et tout ça grâce a tous les gens la qui nous soutiennent, on les remercie de leur soutien...
Si je vous dis "Rap indépendant" vous me dites ?
Sako : Liberté artistique et Vietnam parce que le rap indépendant c’est très dur, c’est le prix à payer et le jeu en vaut la chandelle.
Big Up à Chien de paille et à Système Buzz pour cette agréable rencontre, et n’oubliez pas, la réédition de « Sincèrement » est dans les bacs.